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Promouvoir un exercice libéral et responsable

Baisses de prix en cascade : qui a cru au Père Noël ?

Le train des baisses de prix est reparti à pleine chaudière et il va faire des dégâts. À vrai dire, sa course folle ne s’est jamais vraiment arrêtée, tout au plus a-t-elle été occultée par la “guerre” des remises.

Au jeu du « Qui veut perdre un milliard ? », le médicament était vainqueur dès la rentrée de septembre, un record attesté par GERS Data. Pas assez pour le CEPS qui décrétait le 18 septembre des réductions de prix sur 52 groupes génériques, pour atteindre 200 millions d’euros d’économies en année pleine. Puis, l’emballement stoppait net dans un crissement de roues. Pause technique invoquée par le gouvernement Lecornu : motifs flous mais répit accordé, c’est toujours bon à prendre. Les mauvaises langues diront qu’il fallait laisser le temps aux bons soldats pharmaciens de vacciner contre la grippe, et au Premier Ministre de faire passer un PLFSS sur le fil du compromis…
 
Avant même qu’un filet de fumée blanche ne sorte du Parlement (« Habemus budgetum sanitatis »), de sombres effluves réapparaissaient. Les baisses de TFR sur 15 molécules étaient actées au Journal officiel du 11 décembre, pour une entrée en vigueur le 2 janvier. Dès le 20 décembre, les génériques à base de rivaroxaban (censés être épargnés par le CEPS) voyaient leur prix plonger d’environ 32 %. Nouvelle parution au JO du 23 décembre, digne des campagnes publicitaires des discounters avant Noël : une autre flopée de promotions… pardon de baisses de prix, déferlera le 2 janvier dans vos pharmacies, touchant des aires thérapeutiques aussi diverses que majeures (transplantation, cardiologie, oncologie, maladies inflammatoires, neurologie, psychiatrie, infectiologie…). Rebolote les 24 et 26 décembre. Et ce n’est pas fini. Rappelons que le PLFSS 2026 prévoit 1,4 milliard d’euros de baisses de prix sur les médicaments et 200 millions d’euros sur les dispositifs médicaux.

Un enfumage en règle

Alors, osons la question : le plafond de remises “sauvé” n’est-il qu’un écran de fumée dissimulant le pire ? Que sauve réellement un pourcentage de remise sur des prix toujours plus bas et sur des médicaments toujours moins prescrits ?  Car les faits sont têtus. En 2025, la déprescription représente déjà des dizaines de millions de boîtes remboursées en moins. Les charges salariales de l’officine augmentent de160 M€. Et au regard du prévisionnel de l’avenant 1 à la convention, il manque 28 à 118 M€ dans la caisse des officines – selon les estimations divergentes des syndicats négociateurs. L’analyse sur le temps long est sans appel : les pharmaciens français exerçant en nom propre auraient perdu 25 % de leurs revenus en 10 ans selon les calculs de la Caisse d’assurance vieillesse des pharmaciens (CAVP). Et le réseau continue de perdre 200 à 300 officines par an…
 
Dans ce contexte morose, les remises génériques jouent un rôle essentiel pour préserver l’équilibre économique des officines, mais leur montant diminue : 1,11 Md€ en 2024, soit -3,81 % par rapport à 2023, selon le rapport publié par le CEPS ce mois de décembre. Et qui connaît des laboratoires de génériques appliquant réellement des remises à 40 % ?
 
Dernière trouvaille en date pour plomber l’officine : la Direction de la Sécurité Sociale (DSS) envisage d’égaliser les marges applicables aux vaccins antigrippaux dispensés en officine… De l’art de saborder un modèle qui fonctionne.

Recréer l’unité

Enfin, que réservera le rapport de la mission flash Igas-IGF attendu en janvier ? Des pistes constructives, faisant renaître l’espoir d’une rémunération juste et équilibrée et permettant aux officinaux d’envisager sereinement l’avenir ? Il est toujours bon de rêver mais les pharmaciens en ont assez des promesses démenties par les actes et des pseudo-concessions qui ne font que camoufler l’arnaque. Après la trêve illusoire, la guerre des baisses de prix est à nouveau déclarée, la machine à affaiblir l’économie officinale et aggraver les ruptures est en marche.
 
En cette période de vœux et de résolutions, recréons l’unité d’une profession pour mettre fin à la désagrégation de notre modèle économique et réaffirmer la place centrale du médicament et du conseil officinal dans ce modèle. L’UNPF et ses partenaires s’engagent à ne rien lâcher en 2026, à remettre inlassablement sur la table tous les sujets qui fâchent, à combattre le tout-honoraires et à exiger une rémunération juste pour la dispensation (y compris celle des produits chers), comme pour la réalisation de préparation magistrale, la PDA et les missions de santé publique. Accueillons 2026 avec courage, pugnacité et la fierté inamovible d’être pharmaciens.
 

Vendredi 26 décembre 2025
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